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Festival Art Récup - 6ème édition

Chronique d'un jour de fête

Samedi 9h, parc de la Magdeleine : les artistes en lice pour le concours de ferraille recyclée sont fin prêts. Ils circulent dans le parc, un brin fébriles, aux abords de la benne aux « trésors » qu'on devine chargée à bloc, en place depuis deux jours. Des passants déambulent, intrigués, le long d'un ruban flottant bornant le pré carré où chaque sculpteur a exposé ses œuvres, expression d'une imagination fertile et d'une sensibilité affirmée. Car la nature des objets varie du tout au tout : finesse, complexité, singularité, dimension, masse... rien ne les relie ostensiblement sinon la matière première travaillée, ferraille rouillée  issue de pièces identifiables  -  boulons, tenailles, essuie-glace, fer à cheval, boules de pétanque, dés, roue... -  ou non. Se côtoient ainsi des oiseaux de toute espèce, des machines savantes, un groupe d'individus devisant sur un banc, une tortue « militaire », un élégant saxophoniste, un perroquet, une sauterelle, un poisson scie ... On s'interroge sur la destination de ces ouvrages qui, à défaut de trouver aisément leur place, ne laissent pas indifférents. On songe à Jean Tinguely *, à son concept d'art éphémère.  

Le coup d'envoi est donné et les artistes s'approchent nonchalamment de la benne. L'un d'eux s'y juche pour mieux la décharger. On aperçoit des bicyclettes, des caddies, un soc de charrue... Tout ce bric à brac dégringole pièce à pièce sur le sol de terre battue dans un bruit de casse. Chacun s'approprie ce qui déjà nourrit dans son esprit, à l'état embryonnaire, l'œuvre à venir. Ou pioche au hasard, en espoir d'inspiration. Règlement oblige, on n'est venu sans rien que sa caisse à outils : fer à souder, masque, tablier et gros marteau. Les gars fouinent, jaugent, soupèsent, s'emparent, assistés d'enfants joyeux qui se hâtent de mener le butin du ferronnier jusqu'à son terrain de jeu. L'habit est rustique, l'allure baba cool, on n'est pas là pour parader. Des mains de ces hommes rugueux, en proie à une matière ingrate, pesante, vouée au rebus et à l'oubli, naitront tout à l'heure des formes légères et poétiques, pleine de grâce et de fantaisie.

15h : l'animation bat son plein, dans le calme imposé par la touffeur de l'après-midi et l'absence appréciée d'ambiance sonore. On se croise, on se retrouve, on parle sans effort, l'atmosphère est amicale, plaisante, entre les stands ombragés des artistes à l'ouvrage, fidèles à leur style, un atelier de création ouvert aux petits, une buvette, et les caisses de bouquins en tout genre que « Livres en scène » propose à prix libre.
A les voir concentrés sur l'œuvre qui s'élabore, travailler le métal d'un geste sûr, on devine ces hommes exercés, la maitrise aboutie qu'ils possèdent de leur métier. Silhouette svelte et insolite dans cet univers de fer et de feu, Rachel, seule concurrente féminine, les défie de son égal talent, auprès d'insectes graciles et d'un bouquet géant de sa composition.


Dimanche matin : les artistes se sont remis tôt à l'ouvrage. Le temps presse, le gong final sera donné vers 15h. Pour l'heure le parc respire le calme, il s'éveille au son des métaux qui s'entrechoquent, du fer à souder, des bavardages épars que les hommes entretiennent, à la fois complices et rivaux en ce jour où ne seront distinguées que trois des quinze œuvres accomplies. Il ne faudra pas s'offusquer du résultat, subjectif de fait, mais se réjouir de ce que le concours aura suscité d'enthousiasme et d'inventivité.

16h : le concours est clos et le jury invité à un tour de piste afin d'évaluer les œuvres ; au vu de leur solidité, originalité et esthétique. Chacune fait l'objet d'une courte présentation de son auteur. Les points sont rapidement totalisés. Sortent vainqueurs de cette amicale compétition un dragon aux écailles rouge sang, un bel échassier et une drôle d'automobile. Les prix sont remis sous un soleil de plomb, et les applaudissements d'un public conquis.

L'heure est venue de remballer. C'est aussi celle des adieux et des promesses de retour. Puis l'on s'éparpille, et le parc se vide doucement dans les premières ombres du soir...


*Jean Tinguely (sculpteur, peintre et dessinateur suisse, 1925-1991) considérait l'objet de récupération comme un fragment de vie pure, perpétuellement changeant, sans signification, sans finalité. Il ressuscitait la ferraille dépourvue de fonction et lui insufflait une nouvelle vie.  
 
Merci à Jean-Marc Brunet,  à Frédérique, et à toute l'équipe de bénévoles.
Merci à tous les artistes.   
 
Isabelle Marin.

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